Les articles et vidéos pseudo-scientifiques autour de la mécanique quantique (et de l’IA) sont légion. À croire que selon certains : tout est possible, puisque la physique quantique semble l’autoriser.
Cette discipline est dévoyée pour diffuser des promesses trompeuses autour du bien-être, de la santé ou du développement personnel. Et presque toujours, elle repose sur le même procédé : l’utilisation du mot “quantique” comme caution scientifique, indépendamment de toute preuve sérieuse.
Le plus troublant n’est pas tant l’argument lui-même que son efficacité. Ces discours rencontrent une audience massive, accumulant parfois des centaines de milliers de likes, et s’installant durablement dans l’espace médiatique.
Au fait, vous avez dit “quantique” ?
À l’origine, l’adjectif quantique ne désigne rien de transcendantal. Il renvoie à une idée relativement simple, bien qu’inhabituelle : certains phénomènes physiques ne varient pas de manière continue, mais par paliers discrets.
Différencier des mécaniques discrète et continue, c’est un peu comme regarder une horloge dont les aiguilles avancent par sauts (impossible pour l’aiguille de s’arrêter entre deux graduations) et une autre qui se déplace de façon fluide, sans à-coups.
Petite parenthèse : l’adjectif quantique s’est récemment substantivé (il est devenu un nom commun, au même titre que quantum). Personnellement, et même si c’est à contre-courant de ce que l’on peut lire dans les médias, je l’utilise au féminin, car je le vois presque toujours comme une ellipse des groupes nominaux tels que “physique quantique”, “mécanique quantique”, “informatique quantique”, etc.
Entre IA et quantique, un monde de buzzwords
Au-delà des grandeurs discrètes, la mécanique quantique met en jeu de nombreux phénomènes souvent contre-intuitifs. Du coup, d’aucuns utilisent cette apparente complexité du monde au profit d’un imaginaire impressionnant et séduisant. L’adjectif “quantique” devient alors un fourre-tout rhétorique : “si c’est quantique, c’est que c’est puissant et qu’on ne peut pas le comprendre”. Or, cette mécanique se démontre. Elle est dure à interpréter, certes, mais ses résultats se prédisent avec une excellente précision.
Ce phénomène n’est pas nouveau ni marginal. Olivier Ezratty, dans ses publications autour de l’informatique quantique, épingle les articles fallacieux qui promeuvent la médecine ou le management quantiques.
Ce glissement concerne aussi l’intelligence artificielle, devenue à son tour un joker incontestable, invoquée pour capter l’attention et asseoir une prétendue autorité intellectuelle.
L’IA possède en effet un champ lexical extrêmement riche. Aujourd’hui, on a tendance à assimiler l’IA aux techniques génératives modernes (post 2022), comme les LLM ou les modèles de diffusion (domaine de la vision). Mais il existe énormément de méthodes, plus anciennes et moins sophistiquées, qui en font partie. Une régression linéaire est un objet mathématique “simple” qui peut relever de l’IA, selon certaines définitions historiques, au sens d’algorithme qui extrait “tout seul” une liaison dans les données pour pouvoir inférer d’autres résultats. De même, des algorithmes d’algèbre linéaire (tels que les analyses en composantes principales) diagonalisent des matrices. Ils n’ont fondamentalement rien “d’intelligent”, mais font à présent partie de l’IA, dans la branche du machine learning non supervisé.
Pour autant, des tâches triviales, telles de simples automatisations procédurales, sont désormais présentées comme relevant de l’IA, au point que l’expression finit par perdre toute crédibilité.
Bien-être et rigueur ne sont pas incompatibles
Revenons à la médecine quantique. Je suis un défenseur du bien-être et le premier à reconnaître les effets insoupçonnés de notre cerveau (par extension, de notre conscience et de nos émotions) sur le fonctionnement du corps et l’esprit. Un exemple simple et connu : l’effet placebo. Ce dernier est bien réel (il se mesure !) et démontre d’autant plus l’importance d’effectuer des tests rigoureux pour évaluer l’impact incrémental d’un médicament ou d’une pratique. Mais de là à y voir une contribution mystique…
La biologie est complexe, l’esprit l’est tout autant, et oui, il existe quelques phénomènes quantiques à l’échelle des molécules dans notre corps. Pour autant, ceux qui s’engouffrent dans cette brèche pour expliquer l’auto-guérison agissent avec malhonnêteté.
Restons prudents et frugaux
La physique quantique est déjà suffisamment surprenante et abondante pour qu’on la respecte. Elle n’a pas besoin d’être plantée à tous les coins de rue pour servir les intérêts douteux de certains gourous.
La rigueur scientifique n’exclut ni l’émerveillement ni la curiosité. Restons ouverts, bien sûr. Mais restons lucides.





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